Minorité parmi les minorités, le peuple yézidi originaire du nord de l’Irak a connu au cours de son histoire de nombreuses vagues de persécutions. Tantôt tolérés tantôt faisant l’objet de répressions, les Yézidis ont été, à partir d’août 2014, directement visé par l’idéologie de Daech et ses atrocités. La population a été décimée, des milliers de femmes enlevées et réduites à l’état d’esclaves sexuelles, des hommes exécutés et de nombreux enfants convertis en enfants soldats appelés « lionceaux du califat ». Ceux qui ont pu fuir (420.000 personnes) ont trouvé refuge dans des camps ou se sont exilés. Alors que la majorité des Yezidis d’Irak tentent de fuir leur terre natale, c’est aussi tout un patrimoine ethnique qui risque de disparaitre. En Belgique, la communauté yézidie représente aujourd’hui entre 5000 et 6000 personnes, principalement installées à Liége.

Dans une vallée du nord de l’Irak, se niche le lieu le plus sacré des Yézidis : Lalesh. C’est en automne, lors du pèlerinage annuel que la communauté se rassemble. Délaissant leurs voitures, ils gravissent à pieds nus la route de macadam qui monte jusqu’au temple du Cheikh Adi. Commence alors la Fête de l’Assemblée, la plus importante de l’année.

Trois ans après l’invasion de Daech, la région a retrouvé un semblant de calme.  Les pèlerins venus en masse sont pourtant beaucoup moins nombreux que les années précédant les atroces violences de l’Etat Islamique. Même si l’ambiance est joyeuse, la crainte d’un attentat reste omniprésente.

Le peuple yézidi est un peuple victime mais aussi en résistance. La résistance est celle qui passe par les armes mais pas seulement.  Malgré les menaces et le dernier génocide qu’ils ont subi, les Yézidis perpétuent leur tradition ancienne et continuent à se rendre au pèlerinage de Lalesh. En exil, les Yézidis se regroupent, apprennent la langue Kurmanji à leurs enfants nés sur un sol étranger et transmettent leur religion. Ce peuple resté discret, par tradition mais aussi par crainte de nouvelles attaques, est arrivé au-devant de l’actualité en 2014 lors de l’invasion de Daech. Il commence peu à peu à s’ouvrir et à dévoiler sa culture riche et complexe de tradition orale. En exil les jeunes Yezidis sont partagés entre modernité et le respect de leur tradition. Il est assez mal vu d’épouser quelqu’un d’extérieur a leur communauté et toute conversion à leur religion est interdite. Que ce soit en Irak ou en exil en Belgique, les Yézidis sont aujourd’hui confrontés à de nombreuses interrogations sur leur futur.