Né en Belgique en 1970, Olivier Papegnies devient photojournaliste en 1997.

Biographie

Koglweogo, miroir d’une faillite d’Etat

Immersion dans le monde des Koglweogo, ces groupes d’autodéfense aussi nécessaires que controversés.

Depuis 2015, les Koglweogo tissent leur toile au pays des hommes intègres, y creusent chaque jour plus profondément leur sillon. Emanation du peuple, illustration concrète de son ras-le-bol face à l’insécurité rampante, ces « gardiens de la forêt » sont un mouvement social transversal à la société burkinabé : partis des zones rurales, ces groupes d’autodéfense citoyen ont gagné les villes, y compris la capitale, Ouagadougou et se sont étendus dans une grande partie du pays, à l’exception de la région de l’Ouest et des Cascades. Le mouvement traverse les classes sociales et les appartenances religieuses. Il « unit les Burkinabés », clament ses dizaines de milliers de membres. Une union dans l’adversité : celle d’une population un temps victime devenue actrice de sa propre sécurité contre ceux qui la tourment : braqueurs, coupeurs de routes, voleurs… terroristes.

En prenant en main leur sécurité, ces milliers d’associations citoyennes entendent s’attaquer à une double anomalie : l’injustice et la corruption des forces de l’ordre, des élites politiques et judiciaires. Ils se disent acteurs de paix, défenseurs du bien commun. Adoubés par la population qui a retrouvé une certaine sérénité, leur efficacité est reconnue de tous. « Mais la fin justifier-t-elle les moyens ? », interroge un représentant du système judiciaire.

En mettant la main sur la chaine répressive dans son ensemble, les Koglweogo s’arrogent le droit d’arrêter, de juger et de sanctionner, par des amendes, sévices corporels et humiliations, au terme de tribunaux populaires expéditifs. Ils se rendent ainsi coupables d’infractions au droit. Les défenseurs des droits humains et les représentant du système judiciaire tirent la sonnette d’alarme et dénoncent un groupe en pleine expansion qui pourrait devenir difficilement maitrisable, jusqu’à mettre en péril les structures de l’Etat de droit.

Les représentants politiques se retrouvent coincés entre un mouvement qu’ils ne peuvent ouvertement combattre tant les Koglweogo sont populaires et la nécessité de maintenir le respect de l’Etat de droit. La stabilité fragile du pays pourrait se voir menacée, si ces groupes d’autodéfense sommairement armés, se clamant aujourd’hui comme un mouvement apolitique sous le patronage de la chefferie coutumière, se revendiquaient acteurs politiques.

La problématique, profondément ancrée dans la culture du pays, ne se limite pas à ses enjeux sécuritaires et ne pourrait faire l’économie de ses ramifications politiques, sociales et territoriales.

Valentine Van Vyve