Né en Belgique en 1970, Olivier Papegnies devient photojournaliste en 1997.

Biographie

Niger, face au défi de la malnutrition

On y meurt toujours de faim. Pays parmi les plus pauvres au monde, le Niger connaît des taux de malnutrition alarmants. Dans le district d’Illéla, Médecins du Monde lutte auprès des autorités locales contre ce problème de santé publique majeur.

« Le mil est capricieux, il réclame des soins constants », explique le docteur Djibo Hama, coordinateur de Médecins du Monde dans la région de Tahoua, qui abrite le district d’Illéla. Depuis le mois de juillet et le début de la saison des pluies, la culture de la céréale, principale source d’alimentation des Nigériens, occupe les familles entières dans la brousse à l’ouest de Niamey, la capitale. Courbés sur leurs houes rudimentaires, parents et enfants sarclent leur lopin de terre à longueur de journée en espérant que la récolte d’octobre sera bonne. Celle de l’an passé est déjà épuisée. Les greniers des villages, cylindres de banco coiffés de paille, sont vides. Une saison critique pour la malnutrition qui touche près de 15 % des enfants nigériens. Soit le seuil d’urgence fixé par l’Organisation mondiale de la santé. « Nous avons un plan national de lutte contre la malnutrition, l’initiative 3 N : les Nigériens nourrissent les Nigériens », explique le docteur Ahmadou Adamou, directeur régional de la Santé publique de Tahoua. Mais les plans de dévelop- pement de l’agriculture et les projets d’amélioration de la couverture sanitaire qui se suivent achoppent sur les difficultés économiques du Niger. Et les zones rurales, où vit 80 % de la population, continuent de manquer de nourriture, d’infrastructures médicales, de matériel, de personnel qualifié.

DES URGENCES VITALES

Depuis 2011, parallèlement à son programme de santé sexuelle et reproductive, Médecins du Monde soutient le district d’Illéla dans la lutte contre la malnutrition. L’association appuie notamment le Centre de récupération et d'éducation nutritionnelle intensif (CRENI) de l’hôpital de district. Les cas les plus graves y sont soignés. « En période de crise, on accueille jusqu’à 20 enfants malnutris par jour, ils sont parfois trois par lit », explique Halimo Maman, l’assistante nutritionnelle du centre.

La malnutrition touche près de 15% des enfants nigériens.

Faïza, deux ans, a été admise il y a cinq jours. Accrochée à son nez, la sonde par laquelle elle a dû être nourrie à son arrivée souligne son regard creusé. Sur le registre où sont notées les doses de lait thérapeutique, vitamines et antibiotiques que la llette reçoit, la courbe du poids augmente péniblement. « Mon mari est cultivateur mais je n’arrive pas à nourrir mes neuf enfants », raconte sa mère. Faïza est la petite dernière de la fratrie. Elle traverse sa deuxième crise de malnutrition. La première avait été causée par un arrêt brutal de l’allaitement. Cette fois, c’est une forte fièvre et l’incapacité à manger qui l’ont conduite au CRENI en urgence. Les analyses sanguines révèlent une infection au paludisme, un véritable éau au Niger où la maladie est endémique. « Le paludisme aggrave les cas de malnutrition, explique le docteur Djibo Hama, comme les maladies infantiles ou les affections respiratoires. »

SENSIBILISER LES COMMUNAUTÉS

À l’instar de la plupart des patients admis au CRENI d’Illéla, Faïza a été dépistée par un agent communautaire qui l’a orientée vers la structure spécialisée. Formés et encadrés par Médecins du Monde, ils sont 422 agents bénévoles dans tout le district. Un réseau essentiel dans la lutte contre la malnutrition. Mohamad Abdou est l’un d’entre eux. Il officie à Toullou, son village. «Deux fois par semaine, je visite mes voisins. Je les sensibilise et je mesure le périmètre brachial des enfants.» Un tour de bras inférieur à 12,5 cm indique une malnutrition modérée ou sévère. Mohamad réfère ensuite les jeunes malades vers le centre de santé du village qui abrite un Centre de réhabilitation nutritionnelle ambulatoire (CRENAM) dont Médecins du Monde supervise l’approvisionnement en suppléments alimentaires. Les enfants y sont pesés régulièrement. Ils reçoivent leur traitement et des pâtes énergétiques, les Plumpy’Sup ou Plumpy’Nut. Nassa, un an et trois mois, joue avec le sachet que lui présente sa mère, Saadia. La peau de son ventre est tendue, déformée. « Sa rate est gonflée car elle souffre de drépanocytose, une maladie héréditaire répandue en Afrique subsaharienne qui donne des enfants maigres et plus exposés à la malnutrition », indique le docteur Manirou Karimoun, responsable de base de Médecins du Monde à Illéla. Drépanocytose et malnutrition ont déjà pris une lle à Saadia. Alors, consciencieusement, elle conduit Na ssa au centre chaque semaine. Avec un nombre considérable de facteurs aggravants, la malnutrition doit être détectée et prise en charge rapidement. C’est cet effort crucial dans la lutte contre la mortalité infantile au Niger que soutient Médecins du Monde. Thomas Flamerion