Né en Belgique en 1970, Olivier Papegnies devient photojournaliste en 1997.

Biographie

Corexit

Golfe du Mexique: de la marée noire à la peste chimique

Le Corexit est un mot qui n’évoque rien, pour l’instant, à la plupart d’entre nous. Ce produit, un dispersant chimique puissant, qui existe depuis 1995, est déposé par la firme américaine Nalco Holding Company. Agréé par l’EPA, l’Environmental Protection Agency (américaine), il est aujourd’hui interdit dans plusieurs pays européens. Sa composition complète n’est pas disponible pour le grand public pour une de ses formes les plus efficaces.

Il y a un an, il aura fallu en déverser, sous plusieurs formulations, plus d’un million de litres pour tenter de venir à bout des 780 millions de litres de pétrole brut qui s’échappait du puits béant des ruines de la plateforme pétrolière Deepwater Horizon. Les conséquences de l’usage massif de ce dispersant hautement toxique ont été négligées, dans l’urgence où se trouvait l’administration américaine de rassurer la population et dans celle où était BP de colmater la brèche économique qui allait suivre la catastrophe écologique et humaine que la planète suivait d’un regard dégoûté.

L’usage du Corexit, comme unique solution, n’a pas été remis en question par les autorités, malgré un avis contradictoire de l’EPA qui oblige BP à ne plus utiliser la forme cancérigène avérée du Corexit. Tandis que, dès les déversements massifs sur les zones polluées, des voix dénonçaient, pour certaines, l’extrême dangerosité et, pour d’autres, le caractère massivement destructeur de ce produit, très rapidement, des symptômes étonnants ont alertés les riverains et les spécialistes qui luttaient contre les flots de pétrole qui venaient ruiner le littoral du golfe du Mexique.

Un an plus tard, il est possible de se baser sur des faits, des observations et des témoignages pour comprendre pourquoi la contamination due au Corexit représente un danger beaucoup plus grave que la marée noire qu’il devait endiguer.

Aux Etats-Unis, la mobilisation prend une ampleur qui prouve que la véritable catastrophe environnementale et humaine, y compris en nombres de victimes, est sans doute à venir. Nalco, producteur du Corexit se défend. Quand on sait qu’elle produit le Corexit en partenariat avec BP et Exxon, on entrevoit les enjeux sombres, lourds et enflammés qui rassemblent les acteurs d’un drame loin d’être enfoui sous les tonnes de béton d’une dalle qui repose par 1.500 mètres de fond…

Le reportage reviendra sur l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon et sur les différentes conséquences de la plus grave catastrophe pétrolière maritime à ce jour, sur l’utilisation massive d’un produit hautement cancérigène et sur les séquelles visibles et probables dont il est responsable sur la faune, la flore et l’être humain. Qui sont les victimes, combien sont-elles ? Quels sont les dégâts à long terme ? Une partie de la population a-t-elle été exposée en connaissance de cause et où en est la prise de conscience ? Des questions qui apparaissent de plus en plus pertinentes et de plus en plus irritantes. — Laurent Michel